Écrivain et philosophe français (château de La Brède, près de Bordeaux, 1689 – Paris, 1755), de son vrai nom Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu. Contemporain de Voltaire, il appartient à la première génération des Lumières. Il est resté célèbre pour un roman de jeunesse, les Lettres persanes, et pour le chef-d’œuvre de son âge mûr, L’Esprit des lois.
Un homme des Lumières
Montesquieu, qui fut d’abord magistrat (conseiller puis président au parlement de Bordeaux), est l’un des inventeurs du libéralisme politique. Défenseur d’une liberté mesurée, il croit à la force de la raison, et cherche dans l’Histoire les signes de leur avènement.
Son œuvre est abondante : parmi de nombreux ouvrages historiques, se détachent les Lettres persanes (1721), les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734), et le volumineux traité De l’esprit des lois (1748, condamné par l’Église en 1751), son ouvrage majeur, que suit en 1750 une Défense de l’esprit des lois. Il a en revanche peu collaboré à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, ne leur donnant qu’un anecdotique Essai sur le goût. Une part considérable et longtemps inédite de son œuvre est composée de journaux intimes et de notes (Mes pensées, le Spicilège).
L’influence de Montesquieu est multiple : romancier, il donne le premier chef-d’œuvre du roman épistolaire avec les Lettres persanes, satire philosophique de la société française ; essayiste et pamphlétaire, il œuvre aux côtés de Voltaire à la critique de la monarchie absolue et de la tyrannie qu’exerce la haute Église ; penseur politique, il développe des idées qui vont jouer un grand rôle lors de la rédaction des diverses Constitutions issues de la Révolution française, et qui apparaissent aujourd’hui comme les principes fondamentaux de toute législation démocratique. Montesquieu a transposé l’esprit des Lumières dans l’ordre de la réflexion politique et de la pensée du droit.
Les Lettres persanes
Son unique roman se rattache à l’esthétique baroque, et plus précisément à cet avatar tardif du baroque que l’on a nommé le rococo. Faux-semblants et jeux de miroirs, ironie constante, absence d’un point fixe et mouvement continuel d’un point de vue à l’autre définissent en effet une écriture de la légèreté. Deux histoires principales dominent une multitude d’histoires : la première est celle de deux Persans qui voyagent en Europe, et s’arrêtent longtemps à Paris ; la seconde raconte la vie dans le harem de l’un d’eux, et fait discrètement le procès du despotisme oriental.
Ce qui frappe le plus les lecteurs de l’époque, c’est bien sûr le fameux “regard persan”, impitoyable et bienveillant : les deux étrangers cherchent à comprendre une société dont ils vont sans le vouloir exhiber tous les ridicules. Les lettres dont se compose le roman contiennent ainsi de truculentes descriptions, la société française étant envisagée comme un monde exotique, aux lois étranges. Délivrés de tout respect, les deux amis décrivent ainsi tour à tour la cour, la religion, les théâtres, la promenade, la vie de salon, en s’étonnant constamment. Hypocrisie et fausseté sont immédiatement démasquées par deux épistoliers toujours prompts à relever l’étrangeté de telle ou telle coutume. Le principe fondamental de cette écriture romanesque nouvelle est ainsi le décentrement : pour la première fois dans la littérature française, un point de vue étranger se voit accorder le même crédit que le point de vue français. La civilisation française et européenne n’est qu’une civilisation parmi d’autres : on voit ainsi apparaître chez Montesquieu ce principe fondateur des Lumières qu’est le relativisme.
Lois et liberté
Son originalité tient à ce qu'il a su prêter une attention méticuleuse à la singularité des faits et à la diversité de l'expérience, tout en faisant preuve d'un rationalisme exigeant, soucieux de dégager des règles universelles. Sa préoccupation centrale : comment déterminer les mécanismes constitutionnels et les systèmes de lois susceptibles, dans chaque situation historique donnée, d'engendrer un maximum de liberté – celle-ci étant définie comme "le droit de faire ce que les lois permettent".
Pour résoudre ce problème, Montesquieu part, dans De l'esprit des lois, de l'idée de droit naturel : les lois voulues par le législateur dépendent de lois plus profondes qui dérivent de "la nature des choses". Dans chaque société, des facteurs naturels – comme le territoire ou le climat – influent sur l'esprit des lois, mais aussi d'autres facteurs, d'ordre social et historique, comme les mœurs, la religion, l'histoire, etc. C'est donc à une sorte de sagesse politique fondée sur une connaissance de ces données qu'invite Montesquieu. Pour autant, sa vision ne débouche pas sur un strict déterminisme : ces facteurs, et la manière dont ils se combinent, n'induisent pas automatiquement tel modèle politique. Montesquieu sauvegarde la part propre à la liberté humaine. L'homme, par la réflexion et le calcul, est apte à rechercher les lois les meilleures à l'intérieur de chaque cadre donné.
Les différents régimes politiques
D'où sa typologie des régimes politiques tout à fait nouvelle à l'époque : il faut distinguer, dit-il, la nature d'un régime et son principe. Ainsi la nature de la république est que le peuple, assemblé en corps, y est souverain. Ce régime peut être soit une démocratie, soit une aristocratie, et il dégénère bien vite s'il n'a pas pour principe la vertu civique. Dans la monarchie, où un homme est souverain mais se soumet au droit en vigueur, le principe est l'honneur : grâce à lui, les corps intermédiaires, par lesquels s'exerce le gouvernement, s'acquittent au mieux de leur tâche. Le dernier régime, le despotisme – que Montesquieu condamne sans appel – a pour principe la crainte : il est sans lois ni règles et débouche par conséquent sur un minimum de liberté.
La séparation des pouvoirs
Pour prévenir ce type de dérives – et Montesquieu se montrera particulièrement attentif aux dérives absolutistes qui, selon lui, menacent alors de faire sombrer la monarchie française dans le despotisme –, le penseur développe sa théorie de la séparation des pouvoirs. Une forme d'État n'est bonne que si elle est modérée. Or cette modération, garante de la liberté, repose sur une limitation des pouvoirs, qui sont au nombre de trois : législatif, exécutif et judiciaire. Chacun de ces pouvoirs doit être limité par un autre, qui lui fait ainsi équilibre. Ainsi le législatif contrôle l'exécutif, lequel possède sur lui un droit de veto, mais se trouve strictement distingué du pouvoir judiciaire.
Avec la théorie des différents types de régimes, celle de la séparation des pouvoirs constitue l'apport essentiel de Montesquieu à la pensée politique moderne.
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